Remise en question sur la cause LGBT

Lorsqu’on est enfant, on nous apprend des choses incomplètes. Des bases que l’on approfondit petit à petit.

Quand il s’agit d’Histoire, de Littérature ou de Mathématiques, peu importe le temps qu’on mettra, on a toute la vie devant nous. Mais lorsqu’il s’agit de contact humain et de compréhension de l’autre, je crois qu’on ne devrait pas laisser traîner les choses.

Cet article est l’aboutissement (ou peut-être juste une étape de plus..?) de plusieurs années de réflexion personnelle. Reprenons depuis le début.

Quand j’ai découvert que j’étais attirée par les filles, ma première réaction a été « je ne suis pas normale, il faut que je me fasse soigner ». Et ça, sans être dans une famille particulièrement homophobe ou catho. Ce que je veux dire, c’est qu’on m’a jamais bourré le mou sur ce sujet. On ne m’en a tout simplement jamais parlé.

Je suis ensuite passée par une période très sombre, très torturée. J’ai beaucoup pris sur moi, beaucoup réfléchi, beaucoup pleuré, aussi. Et au final, ça a été comme une libération: « Je suis gay? Mais en fait c’est formidable! » et j’ai rangé tout ça dans mon cerveau dans une petite boîte intitulée « gays & bisexuels ». Mais ça, ce n’était qu’une toute petite étape. Maintenant, je commençais à entrevoir un nouveau type de personnes, un mode de vie différent. Mais j’étais encore loin de comprendre toute la diversité comprise dans le terme LGBT. Le T (Transgenre), je n’avais qu’une vague idée de ce que ça pouvait être. Dans mon esprit, c’était associé aux travestis, eux-même représentés dans ce même esprit par des « folles » à paillettes vêtues de plumes roses. J’en parle au passé, mais ce n’était qu’il y a quelques années à peine.

Bref, j’ai cherché sur internet, et je me suis rendue compte qu’en fait c’était pas ça du tout. Et pendant un moment, j’ai été très choquée et je ne comprenais pas du tout qu’on puisse « ne pas être dans le bon corps ». Je voyais ça un peu comme une lubie, un malaise psychologique soignable. Comme pour ma propre homosexualité, il m’a fallu un bon moment avant de comprendre que ce n’était pas « mal ». A côté de la première petite boîte, j’en ai rangé une seconde intitulée cette fois « Trans ».

Puis, il y a quelques mois, au détour d’un journal, j’ai rencontré le terme LGBTI. Je me suis donc questionnée sur ce « I ». J’ai découvert qu’il signifiait « Intersexué ». Recherche internet encore, qui me révèle qu’il s’agit de l’état d’un animal (donc également de l’être humain) dont les organes génitaux sont difficiles ou impossibles à définir comme mâles ou comme femelles selon les standards habituels. Cette ambiguïté anatomique résulte de différences chromosomiques et/ou hormonales, qui se manifestent à divers degrés sur le plan physique.

Cette fois, je n’ai pas été choquée, je me suis juste dit « tiens, j’avais jamais pensé que ça pouvait exister », et je l’ai rangé dans une troisième boîte différente: « Intersexués ».

Enfin, récemment, je me suis posé la question à propos de Damdam, après l’avoir vu maquillé, avec de la poitrine et portant un chemisier à fleurs sur Nolife. J’ai d’ailleurs posé la question sur le forum, et il m’a très gentiment répondu qu’il était transsexuel (sauf que dans son cas ça correspondrait plutôt à intersexué, en fait, mais on s’en fout). Affaire classée.

Mais il y a quelques heures, j’ai regardé deux de ses vidéos questions-réponses, où il répond entre autres aux questions sur son identité de genre. Citation : « Je vois pas pourquoi je me classerais dans une catégorie. J’aime pas trop cet esprit là qui consiste à dire « ah, alors, toi t’aime les femmes, mais t’es quand même un peu chelou, donc on va te mettre dans la ‘catégorie des hommes un peu chelous qui des fois ressemblent à autre chose’, c’est bon, c’ est classé dans le tiroir » ».

Je crois que ces mots m’ont plus fait réfléchir en quelques heures que toutes les années passées. Déclic: les boites dans mon esprit se sont désintégrées et leur contenu s’est mélangé.

Je m’étais toujours dit que gay/trans/Intersexué c’était pas le même combat, que chacun devrait avoir sa place, qu’il fallait pas tout mélanger et qu’il était triste que les « problèmes » d’identité de genre (T, I) ne soient visibles que grâce aux actions comme la Gay Pride et associés à l’orientation sexuelle (L, G, B). Et là, j’ai réalisé qu’en fait, si, tout ça peut et doit être mélangé. Parce qu’il ne s’agit pas d’un choix, mais d’une réalité biologique qui s’impose à chacun et contre laquelle on ne peut (ou en tout cas ne doit) pas lutter. Ces boîtes réductrices dans lesquelles on range les gens ne devraient pas exister. C’est cette catégorisation systématique, basée sur l’apparence et « l’orientation » (deux choses involontaires et immuables) qui remet en cause l’égalité, en subissant des jugements qui ne devraient pas avoir lieu d’être.

Pour en revenir à mon point de départ, je voulais montrer à quelle point notre éducation par rapport à la diversité « sexuelle » est mal faite, voire inexistante. Il m’aura fallu un coming out et plus de 5 ans de recherches et de réflexion pour en parvenir à la conclusion que non, en fait, toutes les questions sur la sexualité et le genre ne devraient simplement pas avoir lieu d’être, et que si la question est tout de même posée, il y a autant de réponses possibles que d’individus.

Malheureusement, tout le monde n’a pas la même chance que moi, qui ai eu le droit de réfléchir, et la possibilité de le faire par moi-même.

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13 Réponses

  1. Je n’ai pas grand chose a dire de constructif, mais cet article m’a beaucoup plus, j’aime lire des cheminements differents du mien, mais des cheminements un peu plus conscients surtout :)

  2. Du coup je suis pas bi ? Ou alors je dois pas dire que je suis bi ? Attend… Ou alors les sexualités sont toutes différentes mais toutes pareilles ? La vérité est dans la matrice ?

    • 42! Plus sérieusement, tu peux dire que tu es bi, tout comme je vais continuer à dire que je suis lesbienne, parce que c’est plus simple que de réexpliquer tout ce pavé à chaque fois. Disons juste qu’à terme, ce serait pas mal que la question se pose plus et que personne en ait plus rien à foutre.

  3. Je me suis pas mal retrouvé dans votre article.
    Il y a des bi, comme des homo ou des hétéros, j’ai même récemment appris qu’il y avait des « pansexuels » ou « omnisexuels » en me renseignant sur Jack Harkness ^^
    Perso, je suis fermement hétéro, avec encore des variantes (BDSM, foot fetish…), mais n’allez pas croire que ce fut facile pour autant (un garçon qui aime plus les pieds des filles que leurs « nichons » doit faire semblant pour être comme les autres ados, se renier énormément aussi), j’ai aussi eu ce sentiment d’être anormal, mais après une longue période passée à me découvrir, et découvrir comment sont les autres (comme tu le décris dans ton article) et je ne me vois pas différent.
    Ou en fait si. Tout le monde est différent et c’est ce qui fait qu’on est finalement si semblables. On est ce qu’on est, des humains y’a pas à chercher plus loin.

    • J’aime beaucoup ton commentaire :) et l’article aussi, évidemment.
      Dès le lycée j’avais des amis gays, bis, etc, et je comprenais bien qu’ils étaient comme tout le monde, je voyais pas le problème. J’ai aussi connu des personnes qui pensaient qu’ils ne devaient pas se montrer tels qu’ils sont parce que pour eux, ça provoquait et encourageait les homophobes… c’est tellement le contraire! Le but, c’est justement de se comporter normalement, de faire entendre que ce n’est pas une tare, que ça n’a aucune importance. Après, je comprends tout à fait la peur des représailles, je ne remets pas du tout en question cela, j’ai vu ça aussi dans mon entourage : c’est juste que j’ai toujours trouvé ça triste de ne pas pouvoir être soi-même à cause des préjugés des autres. Ça s’applique à tout, pas uniquement le physique ou l’orientation sexuelle.

      • Tout à fait. D’ailleurs quand j’ai commencé à assumer mon homosexualité, ce que je prenais pour de l’homophobie de la part de mes parents était en fait cette crainte que cela ne me cause des ennuis. Mais je me suis toujours dit que si je voulais que les choses changent, que le regard des gens évolue, alors il ne fallait pas que je me cache (et ça très bien fonctionné d’ailleurs). Je suis également d’accord avec ta dernière phrase (en ajoutant quand même une nuance: s’assumer et être fier de soi, de ses opinions ou de ses actes, d’accord, mais tant que ça ne touche pas aux libertés / bien-être d’autrui. Non parce que si on kiffe éventrer des chatons, même avec toute la bonne volonté du monde, je crois que j’aurais du mal à respecter la personne – exemple idiot mais tu saisis l’idée, je pense x)
        ((ps: j’ai supprimé ton premier commentaire vu qu’il faisait doublon, j’espère que tu m’en veux pas))

  4.  » Pour en revenir à mon point de départ, je voulais montrer à quelle point notre éducation par rapport à la diversité “sexuelle” est mal faite, voire inexistante  » Tu mettrais cette question au sein de la famille, mais aussi de la l’école ?

    • Oui. Pas de manière brutale non plus, mais des trucs aussi simples que « un garçon aussi a le droit de jouer à la poupée » ou « une fille n’aime pas forcément le rose » seraient, à mon avis, un bon départ.

  5. Je suis bien d’accord avec toi. Je pense pas que les gens pensent à mal en faisant ça, c’est ancré dans les esprits, mais dès l’enfance on nous balance des stéréotypes plein la gueule, à la TV ou dans les livres (genre, comme tu dis, les filles aiment le rose, les garçons jouent pas à la poupée, ou maman fait la cuisine et le ménage….), mais surtout on n’a que des représentations du couple hétérosexuel. Forcément, pour tous ceux qui rentrent pas dans ce cadre, ils ont l’impression d’être « anormal » et de devoir se cacher.
    Et c’est effectivement à ce niveau là qu’il faudrait changer l’éducation. En faisant comprendre des l’enfance qu’il y a tout un tas de possibilités et qu’ils ne sont pas obligés de se conformer à un seul modèle. Mais les choses ont du mal à évoluer….

  6. J’ai vu passer pansexuel et omnisexuel, mais pas asexuel. Non parce que j’en connais une, et j’ai remarqué qu’on en parle jamais! La pansexualité c’est un peu le mot à la mode dernierement, un peu comme le syndrome d’asperger dans les series l’année derniere. Bref, je m’egare, mais tout ça pour dire qu’il existe un florilege de sexualités differentes et que il faudrait rajouter la moitié de l’alphabet à l’acronyme LGBT si on devait rassembler tout le monde!

  7. Je comprends ton cheminement, le mien a été… Plutôt chaotique… J’ai toujours aimé les femmes (comme moi donc) mais je pensais que c’était normal parce que j’étais aussi attirée par les hommes. C’est quand j’ai découvert que les autres filles n’étaient pas attirées par les filles et que je suis tombée amoureuse d’une amie que je me suis remise en question. Il m’a d’abord fallu accepté le fait que je sois attirée par les femmes. Puis dans un deuxième temps, il a fallu que j’accepte que je puisse aussi être attirée par les hommes!
    Ça n’a pas été une période très équilibré de ma vie… J’ai couché avec beaucoup de personnes (peu importe le sexe) pour « rien », juste pour tester et parce que j’étais incapable d’entamer une relation sérieuse… Si c’était avec une femme, comment le dire à me famille (qui l’aurait accepter mais ça me tracassait quand même) et si c’était un homme, est-ce qu’il m’accepterait?

    Bref, maintenant je sors avec un homme formidable depuis presque 1 an. Et après 2 mois, il m’annonçait qu’il est transsexuel… Le choc ^^.
    En fait, je connais des travestis mais je ne connaissais aucun transsexuel, hétéro convaincu de plus. J’ai fais pas mal de recherche sur le net et correspondu avec un trans marié. Au début, j’étais incapable de lui en parler, comme j’avais été incapable d’accepter et de définir ma situation des années plus tôt. Maintenant on commence seulement à en discuter.
    Il sait que je suis bi, sait qu’il m’arrive encore d’en souffrir. Il m’en parle parfois mais moi je n’y arrive pas encore… Je me cherche encore et je préfère le faire seule…

    Désolée pour le pavé ^^

    • Pas de problème, c’est intéressant, au contraire. Tout témoignage est bon à prendre. J’espère que tout se passera bien pour vous, bon courage à tous les deux.

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