Mylène.

Bon. Il va bien falloir commencer à en faire quelque chose, de ce blog… Et donc, forcément, je vais commencer par une de mes plus belles histoires d’amour: Mylène Farmer.

Comment ça a commencé, me demandez-vous? (Et même si vous me demandez pas, je vais raconter quand même :).

C’est un plus ou moins heureux concours de circonstances Parce que si je ne m’étais pas pété un ligament, j’aurais p’t’être jamais connu et apprécié Mylène, ou en tout cas pas comme je l’apprécie maintenant. Laissez-moi vous expliquer.

Février 2006. Je me rends chez une amie que je n’ai pas vue depuis bien longtemps pour une petite semaine de ski. Le tout dernier jour, alors que je dois partir le soir même, je ne me sens pas trop d’enfiler ma combi une dernière fois. La journée commence plutôt mal: J’oublie mon forfait de ski, le mec de la location oublie de régler un de mes skis et me file des bâtons trop courts.. Au bout d’une heure à faire des aller-retour dans tous les sens pour arranger tout ce bordel, on prend enfin le chemin des pistes. Première descente nickel. Et à la seconde, je foire, m’empêtre les skis dans la poudreuse, ma vitesse m’emporte, je fais un soleil… Et impossible de me relever, mon genou gauche refuse de me supporter.

Après plusieurs semaines de béquilles et quelques mois de rééducation, mon kiné décide qu’il serait quand même pas mal de faire une IRM. Et là…. Plus rien. Au sens où là où devrait se trouver mon ligament, il n’y a rien. Donc, bloc op’.

Je me fais opérer pendant les grandes vacances, et mon hospitalisation est suivie d’un séjour d’1 mois dans un centre de rééducation.

Vous ne voyez toujours pas où je veux en venir, hein..? eh bien, pour la première fois depuis longtemps, j’ai une télé – on en avait pas chez moi, ma mère était contre. Et comme je me fais chier, je la regarde sur tout mon temps libre. (non, des fois je joue à la belote avec les autres rares « jeunes » – moyenne d’âge 35 ans – mais je suis nulle alors bon..). Enfin donc, je regarde la télé. Le matin, c’est les clips.

Mes parents – surtout mon père – n’aiment pas Mylène. C’est, je cite, « provocateur », « nul », « pour les pd ». Ah oui, tant que j’y pense, a cette époque là, j’ai pas encore fait mon coming out, d’ailleurs. Enfin bref.

Donc tous les matins, je regarde les clips. Et là quelques notes vaguement électroniques, une voix de fond qui scande « Shut Up! » dans un souffle, et apparaît à l’écran le nom de l’artiste et de la chanson: « Mylène Farmer – Peut-être Toi ». Je zappe. Trop imprégnée des à-priori négatifs de mon père, je me dis « nan, Mylène Farmer c’est nul! ». Mais le clip passe en boucle, je tombe dessus plusieurs fois par jour. Et je suis intriguée par ces images aux allures de manga, moi qui aime tant cet art nippon. Alors un jour, je regarde le clip en entier.  Je trouve ça agréable, mais j’ai d’autre chats à fouetter, alors j’éteins le poste et retourne à ma rééducation. Le lendemain matin, forcément, le clip passe à nouveau, et je le regarde à nouveau. Et puis ça devient rituel; tous les matins j’allume la tv et regarde les clips, et je n’éteins qu’une fois que j’ai vu le sien. Au fil des jours, je me réveille de plus en plus tôt, rivée à la chaine musicale, et je guette le clip avec impatience. A ma sortie du centre, j’achète le single.

.

En septembre, c’est la rentrée, et je me retrouve en 1ère L, avec plein de gens que je connais pas. Et dans le lot, il y a Camille. Elle est avec moi en Allemand, et elle côtoie les quelque personnes avec qui je me suis liée dans la classe. Mais ça s’arête là. Je découvre petit à petit quelques tubes de l’Ange Roux; « Sans contrefaçon », « Désanchantée », et les deux clips les plus longs de l’histoire de la chanson, « Libertine » et « Pourvu qu’elles soient douces ». J’aime bien.

2007, j’entre en Terminale, je suis à nouveau dans la classe de Camille, et en Allemand, on se retrouve côte à côte. Timidement, on commence à discuter, et on en vient rapidement à la littérature et à la musique. Elle me fait découvrir Amélie Nothomb, et me parle de Mylène. Voyant mon ignorance, elle me conseille quelques chansons, m’en passe quelques-unes. Sa passion pour la chanteuse déteint sur moi petit à petit, et la sortie imminente d’un nouvel album émoustille mon intérêt.  Je trouve sur internet une compil’ russe de tous ses anciens albums, que j’achète, et l’écoute d’une traite. C’est la révélation. Il passe en boucle dans ma chambre,  et je commence à m’intéresser de plus près aux paroles.

Enfin, « Point de Suture » sort. Et avec lui, la promesse d’une tournée. Quelques temps plus tard, la mise en vente des billets.

Là, tout se passe très vite. Les billets sont vendus en une poignée d’heures, et je suis complètement fauchée, je rate le coche, je désespère. Camille a une place pour le 16 Mai 2009 au Zénith de Tolouse.

Frénétiquement, je cherche une place à prix raisonnable, et je tombe enfin sur un site qui semble digne de confiance. J’hésite trois jours et je me lance, on verra bien.

On est en Mai (2008). Je fête mon anniversaire, et on m’offre le DVD AvQL à Bercy. Je saute de joie.


Les grandes vacances sont là, et je commence à travailler pour me faire de l’argent de poche pour la rentrée. Je reçois dans la foulée ma place et mon premier salaire. J’acquiers alors un par un tous les albums studio, puis les dvd de clips. Suivent les CD Live, les dvd live…

L’échéance se rapproche à grand pas.

.

(archive: le récit du concert:)

« C’est harassée par la fatigue et avec sous la main un paquet de Fraises Tagada déjà à moitié vide que je commence ce récit.
A mes yeux, ce que je viens de vivre mériterait qu’on lui consacre un livre entier, mais je ne me sens pas assez loquace pour remporter ce défi.
J’ essaierai donc simplement d’être au plus près de la réalité, et de n’omettre aucun détail, afin que dans ma mémoire et pour toujours, reste gravée cette journée, que je m’autorise être la dernière de ma vie s’il le faut.

Je ne sais par où commencer. Par ma découverte tardive de l’univers Farmerien? Par l’achat de ma place de concert?
Avant toute chose, je veux remercier Camille. Sans elle rien de tout ça n’aurai été possible.
Merci de m’avoir fait découvrir et apprécier Mylène. Merci de m’avoir offert un rêve, et la joie de pouvoir le réaliser.

Quelques semaines d’attente, et me voilà en possession da LA précieuse place de concert. 16 Mai 2009, 21h, Zenith de Toulouse, MYLENE FARMER. On est le 23 Mai 2008, et cela fait moins d’un an que j’ai rejoint le rang déjà impressionnant des fans de l’Ange Roux. Fan est un bien grand mot pour moi. Je ne me considère pas (encore) comme telle. Ce sera fantastique d’assister au concert, de voir la remarquable mise en scène qu’elle nous prépare, mais c’est surtout parce que c’est un immense événement que je suis anxieuse.
Lorsque le billet arrive, je ne peux cependant retenir un hurlement de joie.
Dans moins d’un an, je pourrai dire «J’y étais ».
Dans moins d’un an, je la verrai de mes yeux, sans écran interposé.
Je range soigneusement le morceau de papier glacé dans une enveloppe, elle-même au chaud dans un classeur où je conserve mes documents importants.

Les mois passent. Je compte distraitement le temps, mais il reste encore dix mois. Maintenant neuf. Cinq. Deux.
Par un – plus ou moins – heureux concours de circonstances, ma fac est bloquée, ce qui m’assure un décalage des partiels. Ils ne se dérouleront pas la semaine précédent le concert. Je jubile.

Un mois encore s’écoule, et la tension commence à devenir palpable. J’écoute toute Sa discographie en boucle. J’avale les paroles, les distille, les prends en intraveineuse. Je veux toutes les connaître par cœur.

Le 9 Mai arrive, sonnant mes 19 ans. La fête est grandiose, dépasse tout ce à quoi j’aurais pu m’attendre.
Et il ne reste qu’une semaine avant de La voir.

Mercredi 13 Mai. Je n’ai pas dormi depuis 3 jours. Les yeux hagards, je regarde défiler le paysage derrière la vire du train qui me conduit de Carcassonne à Toulouse. Serrés contre moi dans mon vieux sac en jean, un plan de la ville rose avec, soigneusement annoté, l’itinéraire depuis ma cité U jusqu’au Zénith, ainsi que la place, toujours dans son enveloppe. « Déjà presque un an que j’en prends soin ».
J’ai rendez-vous le lendemain à 14h avec Camille pour aller repérer l’entrée du Zénith et les potentiels trous dans le grillage qui l’entoure.

Le vendredi soir, Camille va assister au concert une première fois, en gradins. Je l’accompagne dès 9h30 le matin pour voir s’il y a du monde; à peine cinquante personnes. Oui, mais on est que vendredi. Demain, Samedi, les gens ne bossent pas. Ils vont pouvoir camper.
Camille aura besoin de sommeil, après ce premier concert, mais moi pas. Je vais pouvoir me coucher tôt, et donc me lever à l’aube pour être dans les premiers, et lui garder une place.
Je fais encore un aller-retour l’après-midi pour être sûre de moi – soit quinze kilomètres à pied au total dans la journée.
21h, épuisée, je me couche, pour une nuit blanche de plus. Incapable de tenir en place après des heures d’attente sans que Morphée ne pointe le bout de son nez, je me lève à 3h, me douche, prépare mes affaires, mange une grosse plâtrée de pâtes pour tenir… Je vérifie tout quarante fois au moins. « Vitamines… sandwiches… eau… boisson énergisante… billet… carte de crédit… J’ai mon billet? Ah oui. ». Je pars enfin à 4h30.
C’est le jour J.
Le Zénith est à 4 kilomètres, soit une heure de marche, mais ce n’est rien du tout.
Essayant de garder les idées claires, je respire calmement.
C’est étrange de marcher seule, aussi longtemps, dans le noir. La ville semble morte.
J’ai fait exprès de passer par les grand axes de circulation pour éviter petites ruelles,solitude, et mauvaises rencontres, mais tout est désert. Pas une voiture, pas un humain, pas même un animal. Pas le moindre souffle de vent pour agiter les feuilles des imposants platanes de la ville rose. Je n’entends que le bruit de mes pas qui semble résonner à l’infini, et de mon souffle. Ma tête bourdonne. Je me sens un peu trop seule.
J’ai enfin passé le pont, je tourne à droite, retire vingt euros à un distributeur, avec la désagréable impression que l’on va se jeter sur moi pour me dépouiller. Je ne suis pas d’un naturel paranoïaque, mais l’ambiance est vraiment glauque.
Je me remets en marche, d’un pas faussement assuré. Quelques dizaines de minutes plus tard, j’aperçois enfin le grillage bleu qui longe la route vers le Zénith. Mon rythme cardiaque et mes pas s’accélèrent, tandis que l’imposant bâtiment argenté se découpe peu à peu dans la pénombre. Il brille dans la nuit, illuminé par ses projecteurs. « Il m’attend ».
Combien vais-je découvrir de  »campeurs » ? Peut-être vais-je être la première? Ou alors, au contraire, ils seront déjà des centaines à attendre..?
Je sais au moins qu’il y aura une amie à moi, Gégé.
Je m’arrête un instant dans mon récit afin de la remercier à son tour, elle sans qui je n’aurais pas été si bien placée.

Je suis arrivée, je compte les tentes. Douze. « Plus qu’hier, mais pas encore trop horrible ».
Ma pote est introuvable, alors je me cale dans un coin, et commence à feuilleter d’un œil distrait le magazine trouvé sur un vieux présentoir en libre-service, plutôt intriguée par le camion-poubelle qui déblaya la montagne de déchets laissée par les spectateurs de la veille. Il est 5h30.
Quelques minutes plus tard, Gégé m’invite à la rejoindre sur la file de gauche, où elle a passé la nuit.
Il faut savoir que l’entrée dans le Zénith se fait par trois files. A l’ouverture, les vigiles laissent passer au compte-goutte, histoire de pas se marcher dessus. La rapidité dépend de la coopération des spectateurs.
Bref.

Je m’installe avec mes camarades, et m’aperçois avec joie que nous sommes les tous premiers, les plus proches de la barrière.
Je ne me fais pas d’illusions; face à ces acharnés, habitués aux places du premier rang, je ne ferai pas le poids. Mais je la verrai quand même d’assez près, au moins.
Il est 6h. Encore treize heures avant l’ouverture des grilles et quinze avant le début du spectacle. Cette journée va être la plus longue de toute ma vie. Le jour se lève à peine, et je commence à avoir sérieusement froid. En fait, nous sommes tous congelés. Emmitouflés dans des couettes et des couvertures de survie, tout le monde claque des dents et se regarde en silence.
Mais malgré les 5°C ambiants, l’atmosphère est joyeuse, et le temps se met à passer un peu plus vite. Il est bientôt 7h, puis 8, puis 9. Camille ne tarde plus à nous rejoindre, avec du ravitaillement. On attend le soleil avec impatience, mais le bougre se lève de l’autre côté du géant de métal, et nous ne commençons à profiter de ses rayons que vers 11h. Nous ne le savons pas encore, mais nous allons regretter le froid.
Je mange mon sandwich, prends une vitamine, bois un peu d’eau. Tout va bien, je ne suis pas aussi fatiguée que je le devrais, finalement. En plus les gens sont super sympas. On discute, le temps passe vite, et le soleil s’est enfin joint à nous. C’est le bonheur total!
Oui mais le mieux est l’ennemi du bien. Il n’y a aucun nuage, aucune brise. Notre paradis se transforme en enfer; nous sommes en plein cagnard.

L’eau se réchauffe, les ravitaillements changent de consistance, les vêtements collent à notre peau brûlante.
Si on ne boit pas, on risque de tomber dans les pommes, mais si on boit trop, on prend le risque d’avoir envie d’aller aux toilettes en plein concert. Inconcevable et catastrophique.
Le soleil continue de nous assommer, et le silence retombe, à cause de nos bouches de plus n plus pâteuses. Le moindre mouvement consomme trop d’énergie. Il faut rester immobile, dos à la lumière, et prendre son mal en patience.
En tout cas, on sait maintenant pourquoi la salle s’appelle le Zénith.
Les sept heures qui s’écoulent maintenant sont les plus longues de ma vie. Il ne faut pas bouger d’un millimètre et rester assis pour éviter les mouvements de foule. On doit bien être un millier déjà, et le monde commence maintenant à affluer.
Il y a des fous qui sont déjà debout, et qui le resteront jusqu’au soir!
16h sonnent et apportent avec elles une cahutte d’objets dérivés de la tournée, qui s’installe à l’ombre. C’est le moment d’utiliser les 20€ retirés ce matin, et d’en profiter pour se dégourdir les jambes.
Il y a énormément de choix mais je reste sur mon idée originelle: le programme officiel de la tournée. C’est à mes yeux le seul souvenir valable de ce que je m’apprête à vivre.
Et puis le reste coûte les yeux de la tête.
L’attente me permet d’écouler vingt précieuses minutes, qui m’ont semblé des heures, et je retourne au soleil avec mes camarade.
A 17h, la mère de Camille vient nous délester de nos sacs et autres entraves à la rapidité d’entrée. Être libre de tout chargement nous permettra de passer le barrage de vigiles beaucoup plus vite – et accessoirement d’être plus léger lors de la course aux bonnes places.
18h, l’anxiété monte. Les vigiles sont là ils ont à moitié ouvert les grilles. Ils nous narguent! Nous ne sommes plus qu’une poignée toujours assis, fermement décidés à ne bouger qu’au dernier moment.
Je prends conscience que ce concert est non seulement mon premier véritable concert, et qu’en plus je suis quasiment la seule à ne faire qu’une seule date de la tournée. A peu près tous ceux qui campent vont en suivre au moins trois. J’ai vraiment bien fait les choses, pour ma première fois.
A 18h30, l’anxiété est à son comble. On se lève enfin, billet en main, sacs ouverts.
« Par où il faut passer? » «  Videz vos sacs! » « si quelqu’un double je le tue! » « bousculez pas! ».
On trépigne. 18H45: les fauves que nous sommes sont calés dans leurs starting blocks, prêts à bondir. Tout le monde gigote, les vigiles se font des signes, es portails grincent. Les  »contrôleuses » se positionnent.
« Par où il faut passer bordel!!? » «  on verra bien, suis les autres! » «  mais tu veux que je suive qui, on est tout devant?! »

Gégé me précède, Camille à côté de moi. Je la regarde une fraction de seconde. « On ne se lâche pas, hein? »
« T’inquiète, Tcheu ».
19h et des poussières, les fauves sont libérés. J’ai oublié la présence de tout le reste. Je cours. « Ne courez pas! » braillent les vigiles.
Je ralentis, j’accélère à nouveau, je sautille, freine et accélère encore.
« A droite ou à gauche?! »
J’ai l’impression que mon cerveau est plongé dans l’huile. Ralenti, désorganisé. Mes mouvements ne sont pas coordonnés. Sur ma droite, d’autres gens, qui courent, qui se ruent.
Ça ne doit pas faire plus de trois secondes que je suis en mouvement, mais elles me paraissent des heures. La jeune fille qui découpe mon billet me paraît elle aussi au ralenti. Une fois récupéré, je me mets à courir vers une porte ou un jeune homme est en train de s’engouffrer, et j’atterris dans une immense pièce légèrement éclairée. Je fonce droit devant, vers un amas de gens. « Je veux être contre la barrière!! ». Instinctivement, je bifurque à droite, consciente que le centre de la piste est déjà occupé sur au moins cinq rang. Je n’ai pas été plus rapide, mais plus maline.
Mes côtes se cognent au métal froid. J’ai gagné. Je suis à moins de deux mètres du centre, au premier rang. Je n’en reviens pas.
Du coin de l’œil, j’aperçois Camille qui semble se jeter, désorientée, vers la foule. Je hurle, elle m’entend, me rejoint. Elle est juste derrière moi. On l’avait dit, c’est notre soirée.

D’une même voix, tout le monde se met à crier « asseyez vous!! », ce qui permet d’éviter la cohue.
Moi qui croyais avoir écoulé les heures les plus longues de ma vie, je ne suis pas au bout de mes peines.
On dirait que le temps se dilate au fur et à mesure qu’il s’écoule. Les secondes deviennent minutes, les minutes des heures. A ce compte là, la dernière heure équivaut à près de six mois.
21h arrivent enfin. Et toujours rien. Si déjà un malaise, mais rien à l’horizon sur scène.
On le sait bien, malgré le début annoncé pour 21h, Mylène nous fera attendre jusqu’à la demie, comme à son habitude. Et le temps continue de se dilater.
On va mourir de vieillesse avant le début..! La foule s’agite, remue, L‘appelle. C’est trop long.

Mais quelque chose a changé. Il y a un vigile de plus, et mon voisin me souffle « c’est le garde du corps de Mylène ».

.

D’ un seul coup, un œil géant apparaît sur l’écran face à nous, se tourne à droite, à gauche, nous scrute. La foule hurle un « MYLENE! » désespéré.
L’œil se referme et disparaît. Plus rien.
Soudain les lumières s’éteignent, et l’œil réapparaît. Il continue de scruter, de s’ouvrir, se fermer, disparaître et réapparaître, puis sue mue en un tourbillon noir qui nous happe dans un bruit orageux. Les détonations se multiplient, se décuplent, battent comme un seul cœur pour unir nos neuf-mille corps. Le son résonne dans mes tibias, dans mes bras tendus vers le ciel, dans ma gorge en feu, dans ma tête déconnectée de la réalité terrestre. Je ne réalise toujours pas. Ça commence et j’y suis, je suis devant, et dans quelques secondes Elle sera devant moi.
Il y a dix-huit mille bras levés, dix-huit mille poumons qui hurlent à l’hystérie. « Ce soir elle est là pour nous. Avec nous. ».
L’écran se sépare en six, glisse sur les côtés, et libère l’Ange qui apparaît enfin, sur son piédestal.
Vêtue d’un costume moulant à l’apparence d’un écorché, elle descend lentement entre les deux squelettes de dix mètres de haut qui la dominent, sur fond d’étagères peuplées de mannequins nus aux positions suggestives, le tout sur les premières notes de Paradis Inanimé.
Je ne vois plus qu’Elle.
Mi-ange, mi-démon, comme toujours. C’est un rêve qui se réalise.
Non, même mes rêves ne sont pas si irréels! C’est un monde parallèle, une autre planète, un autre univers. Je ne peux pas être là, dans ce corps, à quelques mètres de cet être si parfait.Les deux heures de concert s’enchaînent à une vitesse incroyable. C’est tellement court! Au moment ou j’écris ces lignes, j’ai déjà l’impression que ça fait une éternité.
Elle enchaîne les tubes, vêtue de différents costumes tous plus époustouflants les uns que les autres. Ainsi se succèdent une robe rouge en soie et ses cuissardes de cuir, puis une longue bleu nuit et noire, classe à l’extrême, tandis qu’elle entame les ballades tristes, son fidèle Yvan au piano.
« Mylène, on T’aime! »
Le public crie, l’appelle, l’aime, l’émotion est à son comble, les premières larmes se font sentir.
« Mais, je vous aime aussi. »
Mon souffle est coupé. Oui je l’aime, on l’aime tous, on veut qu’elle le sache. Qu’elle ne nous oublie jamais, parce que nous, jamais elle ne sortira de nos cœurs et de nos âmes.
« Merci! »
A cette nouvelle preuve d’amour du public, sa voix se perd, elle balbutie, rétorque, en larmes « Non, moi je n’y suis pour rien, merci a vous, merci pour tout, c’est grâce à vous que j’en suis arrivée là…! »
On chante avec elle, on la relaye sur la chanson, qu’elle a du mal à mener à sa fin. Elle conclut, pour notre plus grand bonheur: « Tous ces moments merveilleux, toutes ces années, depuis tant d’années, je vous en remercie… Avec certitude, je ne vous oublierai jamais, avec certitude ».

Notre Ange Roux continue sur rêver, les yeux inondés de larmes, la gorge serrée. Je retiens mon souffle, je pleure, je tremble. J’irai cracher sur vos tombeaux, n’est pas le vrai, n’est pas le beau, J’ai rêvé qu’on pouvait s’aimer (…)
Sur Ainsi soit je…, elle fait un tour de public, fixe quelques visages, et l’espace de quelques secondes, ses yeux se posent dans les miens. Mon cœur éclate.
Je sais que je ne suis pas la seule, mais j’étais là, j’étais devant, et j’ai eu droit à son regard dans le mien quelques instants. J’ai le souffle coupé. Je sais que je ne suis qu’une tête de plus parmi les dizaines de milliers qu’elle a vues et verra, mais au fond de son inconscient, il y aura dorénavant une infime trace de moi. Je fais partie d’elle à présent, elle qui est dans mon cœur et que j’ai l’impression d’aimer comme jamais je n’aimerai personne. Il n’y a pas de mots pour exprimer ce que je ressens.

Après la séquence des émotions fortes, coup de tonnerre. Vêtue de son fameux costume signé Jean-Paul Gaultier, la Belle nous entraîne dans ses grands classiques;Libertine, Sans contrefaçon, Je te rends ton amour.
Les écrans se sont refermés, et ils s’ouvrent à nouveau, dans l’euphorie la plus totale, sur une Mylène vêtue de cuir moulant, se mouvant avec volupté sur un trône géant en forme de scarabée. C’est l’apothéose.
Ses musiciens et choristes la rejoignent, elle salue, recule. Les lumières s’éteignent.
Non, Mylène ne peut nous quitter de cette manière!
Elle réapparaît enfin, après de longs cris, vêtue d’une robe couleur sable, et on sait que c’est le dernier titre. Déjà les adieux.
Les deux squelettes géants ont bougé, se sont levés, et l’escalier au milieu de la scène s’est ouvert, comme une porte vers les enfers.
Elle s’éloigne, se retourne, tend une dernière fois la main dans un geste gracieux. Son image se mêle dans ma tête à celle des adieux à Bercy en 2006.
Elle est engloutie par la lumière, les escaliers qui l’enterrent, l’écran qui se referme, la musique qui tambourine et nous retourne une dernière fois.
La musique s’arrête. Le silence se fait. Faiblement, la salle s’éclaire à nouveau. Tout est fini.

Comparé aux longues et douloureuses seize heures d’attente, les deux heures de bonheur intense que l’on vient de vivre se sont pour ainsi dire volatilisées.
Me dire que cette soirée est reléguée à l’état de souvenir me rend profondément triste.

A part ceux qui l’ont vécu, personne ne peut ne serait-ce que concevoir ce que j’ai ressenti et ressens encore. J’ai toujours l’impression que ce n’était qu’un rêve. Je ne réaliserai jamais, je crois, ce que je viens de vivre.
Malgré la sensation de manque que j’éprouve à présent, je cois que c’est le genre de chose qui mérite d’être vécu au moins une fois.
Ce matin, j’ai les jambes en feu, la gorge déchirée, le corps douloureux… Et la tête totalement déconnectée de la réalité. La journée d’hier est gravée à vie dans chaque parcelle de mon âme. J’ai l’impression d’être à la limite de la folie.
Maintenant, je le reconnais, je suis une fan incontestable, et hystérique, comme tous ceux que je regardais avant avec tant de hauteur.

J’ai vécu le moment le plus extraordinaire de toute ma vie. »

Dans le train Toulouse-Carcassonne
Le 17/05/200
9
On est en Mai.
Publicités

6 Réponses

  1. Comme j’aime comparer, et bien, bah, je compare.
    Ta fanitude m’apparait comme beaucoup plus concentrée par rapport a la mienne. Moi j’ai etalé sur 18 ans, alors que tu as du tout compresser en *sort la calculette* 4,5fois plus vite que moi. Resultat, chez toi, ca vire a l’obsession, tout acquerir, plus vite, plus fort. Tu me fais un peu peur x)
    Prends le temps d’apprecier bordel de merde! T’as tout ton temps oh!

  2. Moderement mes fesses ouais. J’suis sure le 30 tu vas t’lever aux aurores pour aller camper devant la fnac.

  3. Copain-calin <3

  4. Personne d’autre que toi ne pourra mieux raconter ce concert du 16 mai ! Nous avons passé quelques heures au paradis ma Tcheu et ça nous ne l’oublierons jamais. Cela rend notre amitié éternelle ! Sans toi nous n’aurions pas eu le premier rang. Tu es une force de la nature ^^

  5. wouhaaaaaaaaaaaaaaaa!!!
    j’ai eu droit à tous les détails en lisant ton article ^^
    trop bien et au passage, j’adore ton style et ta façon d’écrire :p hihi

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :